«DOUTER POUR AVANCER»
Par Bruno RODRIGUES et Julien HABABOU, à BercyIl y a ceux qui cherchent le strass et les paillettes. Et ceux qui les fuient. Pas de Kadour Ziani, le dunkeur fou au mètre quarante-sept de détente, à la réception organisée après le All-Star Game, à Bercy. C'est à la sortie de la salle que l'on finit par trouver le pilier de la Slam Nation. A 32 ans, ce passionné de philosophie, bien que «sur un nuage», fait parler la sagesse. Confessions.
Kadour Ziani, 1er du concours de dunks. (L'Equipe)«Je n'ai pas de qualités, je suis obstiné»
«Kadour, vous finissez par remporter à 32 ans ce fameux concours de dunks en venant à bout d'une jeunesse pourtant talentueuse. Quel est votre sentiment ?
Mon sentiment est que tout cela ne fait que confirmer ce que je pensais. Nous sommes tous égaux devant le travail. Il faut semer pour récolter un jour. J'ai attendu longtemps puisque c'était dimanche ma troisième participation. Mais j'ai suivi une préparation à la Rocky Balboa, avec le ramadan, l'hiver, le froid car je m'entraîne dehors, je n'ai pas de salle. Mais ce soir, il y a la reconnaissance qui me frappe à la gueule. Matériellement, je n'ai rien. J'essaie tout simplement de donner, j'existe à travers la reconnaissance des gens, c'est ce qui me donne de la force. Aujourd'hui, c'est l'un des plus beaux jours de ma vie.
Est-ce là un aboutissement ?
Non. La plus grande fierté ce soir est de tomber les barrières psychologiques. On ne peut plus dire "tu es petit, tu ne smashes pas". Aujourd'hui, tout le monde peut dunker.
Vous mesurez pourtant 1,78 m. Pour pouvoir être aussi aérien, vous devez forcément avoir un don ?
Honnêtement, je n'ai pas de qualités. Je suis obstiné, c'est tout, je ne lâche jamais rien. Pour m'entraîner, je dormais 4-5 heures par nuit, je courais 15 kilomètres par jour, je faisais 1000 abdos tous les jours. Mon entourage me prenait pour un fou. Mais je suis un perfectionniste, toujours à la recherche des tous petits détails. Tout ce que je fais, ce n'est toujours qu'un début, jamais une finalité. Il faut sans cesse repousser ses limites, apprendre de ses erreurs. Je me fixe des grands rêves et j'essaie de les accomplir par la suite.
Quel est le prochain ?
Le prochain, c'est le 720° (un dunk après deux tours sur soi-même, NDLR). A l'entraînement, je le passe avec une petite balle. Et dès que j'ai réussi cela, je sais que je peux le faire avec un vrai ballon.
Ces aptitudes ne vous ont pas permis d'évoluer en professionnel. A quel niveau avez-vous évolué en club ?
J'ai joué en Excellence. Et je ne pensais déjà qu'à dunker sur tout le monde. Mon sparring-partner s'appellait Flavien, un pivot de 2,08 m. A partir du moment où j'ai pu lui mettre un smash sur la tête, je savais que c'était bon. A tous les entraînements, c'était un Top 10.
«Réussir, à mon avis, c'est rêver»
Vous avez également touché à d'autres sports, notamment le saut en hauteur et le football où vous étiez gardien de but...
J'ai été champion de France de nationale 2 en saut en hauteur, avec un saut à 2,18 m. J'ai aussi joué au volley, au handball, je prenais toutes les licences. J'ai joué au foot, à Saint-Dizier et trois ans à Raon-l'étape ou M. Ollé-Nicolle m'a lancé. Je suis ensuite parti en deuxième division portugaise où j'ai remplacé le gardien titulaire, Sergio Leite, qui était international Espoirs.
Ne pensez-vous pas qu'en vous fixant dans un sport, vous auriez pu faire une grande carrière ?
Je suis comme cela dans la vie, je suis toujours indécis. On me demandait souvent : "tu fais quoi comme sport toi ?" On m'appellait multi-vitamines. (Pierre Seillant l'interrompt : "tu as été exceptionnel"). Tu vois, c'est ça la reconnaissance, c'est ça qui me fait avancer. Moi, ce qui me pousse, c'est la passion.
Mais est-ce que cette passion vous permet de vivre, financièrement ?
Non, je suis au RMI. La Slam Nation, c'est un cachet de 250 euros par show. Mais je m'arrange, je revends souvent des choses que j'ai gagnées ou que l'on m'a offertes lors des shows. Mais c'est mon choix. Comme disait Malraux, "mourir est passivité, se tuer est acte". Je préfère mourir avec mes idées plutôt que le système me tue. Je me suis créé un idéal parallèle qui repose sur la liberté. Moi, je suis un amoureux de la vérité, je lutte contre l'hypocrisie. Je veux pouvoir dire non quand j'en ai envie. Je veux juste être moi, quelqu'un de tolérant qui ne souhaite que la paix. Je pense détenir ma vérité. Réussir, à mon avis, c'est rêver. La réussite sociale ne doit pas être un aboutissement.
Vous feriez un parfait éducateur. Comment voyez-vous votre avenir ?
Je commence à m'occuper de la préparation physique de sportifs. Je travaille beaucoup avec mon ami Vincent Masingue (pivot de l'ASVEL, NDLR). Et j'ai monté mon association, Système Dunk, qui renvoie au système D, la source de mon idéal parallèle qui mêle liberté, réves et passion. J'essaie de dire aux jeunes : "On est tous égaux par le travail. Arretez de dire que vous venez d'une cité. Bossez et adaptez-vous." Il faut s'adapter, quoi qu'il arrive. Toujours se remettre en cause, douter pour avancer. Chaque obstacle doit être une épreuve qu'il faut surmonter.»